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Textes







Ya madame                                                   يا مدام, يا مدام




« Goutgout ya madame Sel3a bnina ya madame… »                                        “ يا مدام سلعة بنينة يا مدام  قوت قوت  “



- Ya Aymen, qu’est-ce que ça dit ?                                                                                                         يا أيمن فاش يحكيو-  
- Ils chantent c’est tout.                                                                                                                                يغني و وكهو -
- Pousse-toi un peu pour que je filme la lune.                                                                        بع د شوية مش نصو ر لقمرة-


Y’a l’arrivée nocturne à Gafsa dans un louage.                                                           اليل طاح علينا في قفصة ونحن فللواج
Y’a Mos Anif qui chante le cinéma drama dans une station de métro à Tunis.
                                                                                                في محطة متع مترو Le CINEMA DRAMA فما موس أنيف يغني 
Y’a le rire d’Aymen et sa paume de main tournée vers le ciel.                                             أيمن يضحك ويدو موجهة لسماء



Montage de trois images : deux portraits d’Aymen
et une capture d’écran de google traduction qui traduit la phrase “ Les louves de Tunis ” en arabe littéraire.



| Texte écrit à Tunis en novembre 2019 pour les Cartes Postales de L’Escamoteur - N°20. |







Sur le sens du mot Dawri


Mot d’origine tunisienne.

Dawri ça veut dire « ça tourne ». On dit « dawri ! » pour exprimer un mouvement de danse, comme « tourne ton bassin ! » ou « fais un tour ! ».
On l’utilise aussi pour exprimer l’idée que lorsqu’on a raté quelque chose, il faut recommencer, persévérer, « on repart pour un tour ».
La première fois que j’ai entendu ce mot, c’était dans la chanson du même nom, de l’artiste Ghoula. Ses paroles évoquent le corps d’une femme,
le corps vieillissant d’une femme et la beauté de le voir vieillir. La chanson évoque aussi la répétition des gestes du quotidien et l’importance de les recommencer.

Dawri signifie aussi « c’est mon tour », et encore « mon rôle, ma mission ». Il revêt certainement d’autres sens que je ne lui connais pas encore.
C’est beau de découvrir les différents sens d’un mot. C’est beau aussi de filmer les sens d’un mot. C’est ce que j’ai essayé de faire, en tournant mon film,
à travers les portraits de Saloua et Sonia, dans une Tunisie que j’ai découverte il y a trois ans. Une Tunisie post-révolutionnaire, où les Tunisiennes,
à travers/grâce à une mesure démocratique supplémentaire, celle de la parité horizontale obligatoire sur les listes électorales, se sont engagées dans les élections
municipales de leurs villes, à égalité avec les hommes. Une Tunisie où Salwa Bouzaiene et Sonia Ghrissi, parmi d’autres femmes, ont pris part à la chose politique,
pour la transmettre, la faire partager aux citoyens.nes, dans les campagnes et dans les quartiers isolés de la ville de Gafsa. 

Cette chose politique s’est déroulée, pour la première fois depuis la fuite de Ben Ali, à l’échelle locale, à l’échelle des municipalités, à l’échelle d’une ville. 
Salwa et Sonia ont pris part à ce mouvement, ce tournant, à la fois politique et féministe.

Dawri représente aussi mes premières élections municipales, un témoignage, avec ma caméra, de nouveaux territoires, de nouvelles couleurs et de nouveaux mots,
dans une ville et dans un pays, où la politique tente de renouer avec son peuple.


                                  
   Bavache est un journal qui traite de l’actualité normande. Graphisme et illustrations : Ambre Lavandier.
Photographie d’une affiche du Front Populaire pour les élections municipales de Gafsa en mai 2018 : Marie Le Hir.



| Texte écrit à Caen en février 2020 pour le journal Bavache-N°1. |







Ciné-transit



Puis, quand elle fut lasse d’attendre son approbation, elle projeta dans la salle obscure.
Elle posa un doigt sur sa bouche. Prit sa main, la posa le long de sa cuisse et attendit.
Ce qu’elle a pu identifier plus tard comme une angoisse passagère, la força à le prendre comme il la prenait, sans peur d’être vu.
Au rythme des volutes colorées, qui éclairaient leurs visages, elle sortir, d’une main incertaine, sa verge en errection.
Elle commença le mouvement de va-et-vient dûment appris. Et elle déposa ses lèvres et sa langue.

Et la chose devient dure et vivante dans sa bouche.

 Spasme est une revue érotique fondée par Anne Devoret & Louise Oliveres. Illustrations de Louise Oliveres et Sara Renaud.



| Texte écrit à Paris en mai 2015 pour la revue Spasme-N°0. |






Sous les longitudes



Un lieu n’est pas une chose simple. Il faut qu’il devienne un peu notre lieu si c’est possible.
Un lieu n’est pas qu’une latitude croisée avec une longitude et une altitude qui donnent un emplacement géographique.
Quatre murs ne suffisent pas non plus à faire un lieu. Il faut, pour que ça le devienne, instaurer une vie à l’intérieur.

Et quand la vie le quitte, il reste pourtant quelque chose de presque fantomatique qui retient l’attention.
La trace de ceux qui ne sont pas là pour le moment, mais qui reviendront. Dans leur absence ce sont donc un peu de leur présence aussi.
Les bouts de papiers laissés là, les chaises tassées par endroit, une photo, une odeur, un ouble, un chewing-gum sous la table, une boîte de médicaments.

En observant un étage vide, la nuit ou un dimanche de bon matin, on perçoit de l’activité.
Les murs, les parois, les chaises parlent-elles toutes seules quand l’inactivité règne ?
Quand les présences du patient et de l’équipe se sentent en leurs absences, ils ont fait du lieu d’accueil un lieu intime.
Et a chacun sa partie du lieu dont les frontières sont floues.

Un lieu. En franchir le seuil, c’est pénétrer dans l’intimité de l’occupant. Dans son refuge face au monde.
Un lieu mental.
Mieux que cultiver son jardin : ouvrir un lieu.




Image extraite du film 5 le choeur.


| Texte écrit à Paris en 2015 autour du film 5 le choeur . |



Mark